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 J'ai eu la chance d'apprendre le kintsugi urushi au Japon .

A travers mes posts , laissez moi vous faire  découvrir, aimer cet art ancestral japonais comme un art à part entière.

Bol Kyoto-yaki Première partie ...

J’ai acheté ce bol il y a quelques années dans le vieux quartier Naramachi de Nara entre deux cours d’apprentissage (Minarai, 見習い ) du kintsugi dans une petite boutique d'antiquités japonaise.

Je me baladais dans la petite boutique d'antiquité sans réellement trouver mon bonheur quand le propriétaire engagea la conversation. Au fil de la discussion et malgré mon anglais et mon japonais approximatif nous tombâmes d’accord sur l’objet qui me convenait. Il m’emmena dans sa réserve qui se révéla être pour un artisan kintsugi la caverne aux merveilles.

Au milieu des bols, tasses, plats entassés les uns sur les autres un bol à nouille soba attira mon attention. Son état (quelques fêlures et ébréchures sur la bordure), sa forme particulière et ses détails m’ont immédiatement séduits : sa taille, des personnages peints, la finesse de sa calligraphie à l’intérieur, la couleur bleu cobalt et les craquelures de l’émail.


De retour en France je l’ai remisé dans un carton au fond de mon atelier pendant de longs mois. Le premier confinement et l’isolation forcée a été pour moi l’occasion de redécouvrir des pièces en ma possession et d’entreprendre plusieurs réparation kintsugi. C’est ainsi que j’ai décidé de vous présenter le travail autour de ce bol que j’ai retrouvé en plus mauvais état qu’il ne l’était à mon retour du Japon, cassé en 8 morceaux.


Des recherches sur l’origine et l’histoire de ce bol s’avèrent alors nécessaire.


Les personnages peints représentent trois poètes.



Bol Kyoto Yaki

Peut-être écrivent-ils des haïku, ce qui ferait sens car une ces poèmes apparaît à l’intérieur du bol. Le style de la peinture semble être de style Nanga (très populaire à la fin de l’époque Edo (XVII-XIXe siècle). Le style est libre et doté d’une grande sobriété dans ses représentations. Ces éléments mis bout à bout me font penser à un des célèbres poètes artiste-peintre Yosa Buson (actif au XVIIIe siècle), célèbre pour être l'inventeur du haïga (peinture accompagnée d'un haïku). Yosa Buson pensait que la poésie et la peinture étaient deux formes d’une même activité. L’artiste de ce bol a sûrement dû être fortement influencé par Yosa Buson et le bunjin-ga (genre de peinture qui s'est développé au Japon à partir du XVIIIe siècle, inspiré par la peinture de lettrés chinoise).


L’occasion s’avéra trop belle et j’entrepris de travailler sur cette pièce d’exception.

The opportunity turned out to be too good and I set out to work on this exceptional piece.



Bol Kyoto Yki

Ce bol nécessita une reconstruction Kintsugi urushi traditionnel.


La Reconstruction se réalise avec le mélange adhésif mugi urushi « farine/eau/laque kiurushi ». Ensuite il faut laisser le bol sécher à l’air libre pour ensuite la mettre dans la boîte Muro (boîte dont la température et l'humidité constantes sont contrôlées).


Kintsugi mugi urushi

La seconde étape est celle du nettoyage puis ensuite combler les pièces manquantes et les fissures.

Il ne faut pas hésiter à répéter autant de fois que nécessaire l’étape du comblement avec le mélange sabi "jinoko/eau/laque kiurushi ».


Cette étape se révèle être très importante, là commence l'aspect esthétique et visuel du bol. Les jointures et les brisures sont poncées et façonnées afin d’obtenir une belle ligne lisse.

Vous pouvez glisser un doigt sur les jointures et brisures les yeux fermés afin de vérifier qu’il n’y a plus la moindre aspérité. Toutes les parties ne doivent faire qu’une.



Kintsugi Urushi


Puis viens ce que j'appelle L'harmonie.


Elle se réalise avec le travail de la laque noire qui prépare la sous-couche. Elle est déposée en couche très fine sur les jointures, puis vous la poncez au papier de verre et à l’eau.

Vont alors apparaître tous les petits défauts, trous, rayures qui seront de nouveau comblés, séchés et poncés jusqu’à l’obtention d’une surface parfaitement lisse.




Vous allez encore me dire ... et après !


Prochaine étape, l’application de la laque rouge bengara et de la poudre d'or 24 carats. Attention la pose de poudre d’or KinKeshifun (poudre à la granulométrie extrêmement fine qui ne peut être polie) ne se fait jamais en période de pluie à cause du fort taux d’humidité, l'hiver n’étant pas une saison idéale pour réaliser cette étape.


Donc la seconde partie du bol Kyoto Yaki arrivera au printemps avec les beaux jours !


L'art du kintsugi n'est que patience, lenteur, humilité.


Ce qui était intéressant pendant cette période de confinement c’est que j’en ai profité pour fouiller dans mes cartons et trouver des pièces de céramiques qui attendent une nouvelle vie kintsugi. J’ai retrouvé plein de petites tasses, soucoupes, coupelles, chawan, raku etc., de quoi travailler sur des pièces avec des niveaux de techniques différentes.


L'avantage de travailler sur autant de pièces c’est que lorsqu’on se lasse d’une céramique on peut reprendre l'étape d'une autre et ainsi de suite.


Confinement



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